Logo science-presse ateliers et formations

Blogue

Les différentes facettes de la
désinformation scientifique

Fuyez la science par communiqué de presse!

Fuyez la science par communiqué de presse!

Par Pascal Lapointe

Cet automne, un documentaire sur une nommée Elizabeth Holmes arrive sur nos écrans. Vous ne la connaissez pas? Elle est un bel exemple du risque de se faire manipuler lorsqu’on se fie trop aux annonces encourageantes ou au charisme. 

Le documentaire en question, You Can See Everything, donne la parole à cette auteure d’une fraude notoire qui, au terme d’un procès en 2022 en Californie, lui a valu 11 ans de prison.

Dans le module 3 de notre formation en ligne Décoder l’informatique scientifique, nous racontons cette histoire, qui est un peu gênante pour l’esprit critique des gens qui ont voulu y croire —dont des investisseurs qui ont perdu beaucoup d’argent dans la compagnie fondée par Holmes, Theranos.

Theranos était donc une entreprise américaine en démarrage qui, dans les années 2000, avait développé —ou prétendait avoir développé— une méthode de dépistage sanguin, qualifiée de « révolutionnaire », entre autres par le magazine financier Forbes. La méthode était d’autant plus attirante qu’elle permettait présumément de se débarrasser des aiguilles pour dépister tout plein de choses en même temps dans notre sang.

Sa fondatrice, Elizabeth Holmes, fut suffisamment convaincante pour attirer des investissements s’élevant, en 2015, à 700 millions de dollars.

Jusqu’à ce qu’il s’avère qu’il n’y avait pas d’études sérieuses, donc pas de données probantes… et pire encore, même pas de technologie! À son sommet, la valeur de Theranos avait été estimée à 9 milliards$. En 2022, Elizabeth Holmes était donc condamnée à une peine de prison pour fraude par un tribunal californien.

Ce n’est pourtant pas comme s’il avait été impossible d’avoir des soupçons. Si vous êtes journaliste, influenceur ou simple citoyen, même si vous ne connaissez absolument rien aux tests de dépistage sanguin, même si vous ne connaissez absolument rien aux technologies médicales, et même si vous n’avez jamais étudié en science, avant de partager une info sur une « innovation » ou une « découverte » ou des « résultats encourageants », rappelez-vous toujours la question numéro un : y a-t-il une étude derrière tout ça? 

Et s’il n’y en a pas, demandez pourquoi à la patronne de la compagnie. Ou bien passez votre tour. Comme nous l’avons souvent dit : la science ne se construit pas par des communiqués de presse.

Le scandale avait été révélé le 16 octobre 2015 par le Wall Street Journal. C’est là qu’on avait appris pour la première fois qu’il n’y avait ni études, ni technologie. En gros, lisait-on, seule une petite partie des analyses présentées par Theranos dans ses démonstrations publiques étaient effectuées avec les soi-disant nouveaux instruments. Seulement 12 des 200 tests promis avaient été réalisés. Et leur fiabilité était limitée.

En réaction, la firme a aussitôt promis des études scientifiques —mieux vaut tard que jamais. Mais celles-ci ne sont jamais venues. 

Les drapeaux rouges n’étaient pourtant pas difficiles à repérer. Une personne vous affirme pouvoir faire 200 tests de dépistage à partir d’un seul échantillon de sang? Ça veut dire qu’il doit nécessairement y avoir quelque part une étude qui le démontre. En fait, dès le moment où quelqu’un dit 200 tests plutôt que 150 ou 175, ce chiffre est censé sortir de quelque part. 

Notez aussi que ce n’est pas un hasard si c’est la presse économique qui a moussé pendant des années Theranos. C’était le genre de belle histoire à laquelle on veut tous croire : l’entrepreneure qui, partie de rien, a eu une brillante idée et est devenue millionnaire. 

Sauf qu’ici, on ne parle pas d’une brillante idée pour une série télé ou pour rendre une machine à café plus conviviale. En science, il y a des affirmations qui sont vérifiables. 

Je fais partie de ces journalistes qui, depuis toujours, n’aiment pas que le journalisme en général s’appuie trop sur les communiqués de presse. Mais au moins, en journalisme scientifique, on a la pyramide des preuves à notre disposition, pour contourner les communiqués de presse et surtout, pour contourner les nouvelles qui reposent un peu trop sur le charisme d’une seule personne.

***

Ailleurs sur notre site

Ces trois autres billets de blogue:

Fusion froide : récit d'un dérapage

Non, toutes les études ne sont pas égales

Faut-il éviter de parler des études sour les souris?

Ce texte du Détecteur de rumeurs :

Médicament révolutionnaire? Seulement chez des souris

Notre fiche pédagogique pour les enseignants :

Évaluer la validité de l’information scientifique

 ***

Vous vous demandez où trouver plus d'infos pour éviter ce piège? On en parle au module 3 de notre formation en ligne gratuite « Décoder l'info scientifique »!

Inscrivez-vous dès maintenant pour en savoir plus et suivez les ateliers à votre rythme!

Vous voulez identifier les sources fiables, évaluer la crédibilité d’un expert ou repérer les limites d’une étude scientifique, et ce même si vous n’avez pas étudié en science? Notre nouvelle formation gratuite en ligne vous permettra de mieux comprendre les particularités de l’information scientifique, repérer les pièges de la pseudoscience et maîtriser les étapes de vérification d’une information qui traite, par exemple, de santé, d’alimentation ou encore des changements climatiques.

En savoir plus

 


Retour à la liste des nouvelles

Notre livre électronique gratuit

Décoder l'info scientifique :
à la portée de tous!

Évaluer la validité de l'information scientifique est une compétence essentielle dans un monde où les nouvelles, mais aussi la désinformation, voyagent plus rapidement que jamais. Ce livre électronique met en lumière l'importance de développer une meilleure compréhension du langage scientifique, et ce même pour ceux qui n’ont pas étudié en science.

Télécharger le livre électronique

 

Abonnez-vous à notre infolettre

sur la désinformation

Tout sur nos ateliers et formations ainsi que des outils et des ressources pour mieux vous informer!

Je m’abonne