Par Kathleen Couillard
Par exemple, dans les dernières années, on a pu lire qu’une personne isolée est 60 % plus à risque de développer de la démence qu’une personne qui est bien entourée, que le stress pendant la grossesse augmente de 38 % le risque de faire une fausse couche ou que prendre son petit-déjeuner à 8 h augmente de 6 % les risques de développer une maladie cardiovasculaire par rapport aux gens qui mangent à 7 h le matin.
Toutes ces nouvelles peuvent nous donner l’impression que chaque petit geste posé dans le quotidien nous met en danger. Cependant, ces nouvelles ne tiennent pas compte du contexte entourant le risque, ce qui peut être trompeur.
Quel est le risque absolu?
Dans les journaux, lorsqu’on parle de risque, on fait généralement référence au risque relatif. En d’autres termes, on compare le risque associé à un comportement particulier à celui associé au fait de ne pas avoir un tel comportement. Toutefois, pour bien comprendre la signification du risque relatif, il faut connaître le risque absolu, souligne-t-on sur le site du Conseil Européen de l’Information sur l’Alimentation.
Le risque absolu, c’est la probabilité d’être touché par un problème de santé. Généralement, on le calcule en mesurant le nombre de personnes qui sont touchées et on le divise ensuite par le nombre de personnes dans la population en général.
Par exemple, au Canada, ce sont 2,6 millions de personnes de plus de 20 ans qui vivent avec une maladie du cœur diagnostiquée. Si on divise ce nombre par la population canadienne du même âge, on obtient un risque absolu d’environ 8 %, ou une personne sur 12.
Et le risque relatif?
Au contraire, le risque relatif sert à déterminer si un groupe de personne a plus de risque de développer une maladie qu’un autre groupe. Pour le calculer, il faut déterminer nombre de personnes atteintes dans le groupe qui nous intéresse et le diviser par le nombre de personnes dans le groupe contrôle.
Prenons l’exemple du déjeuner, on pourrait mesurer le nombre de personnes qui déjeunent à 8 h et qui ont développé une maladie cardiovasculaire puis le diviser par le nombre de personnes qui déjeunent à 7 h et qui aussi ont souffert de ce type de maladie. Selon l’article publié par le journal Libération, les chercheurs qui ont réalisé cette expérience en 2023 seraient arrivés à une réponse : 6 %.
Un risque exagéré
Le problème avec l’utilisation du risque relatif, c’est qu’il donne une perception exagérée du risque. Ainsi, lorsqu’on dit que le fait de déjeuner tard augmente le risque de maladies cardiovasculaires de 6 %, on ne veut pas dire qu’il faut ajouter 6 % au risque absolu (qui était de 8 %) pour arriver à 14 %. On fait plutôt le raisonnement suivant. On calcule 6 % de 8 %, ce qui donne 0,48 %. On ajoute ensuite ce résultat au risque absolu. On obtient alors 8 % + 0,48 %, pour un total de 8,48 %. L’augmentation du risque est donc minime si on prend le temps d’y réfléchir.
On peut faire le même calcul avec l’augmentation du risque de démence causée par l’isolement dont il était question au début du texte. Selon des données du gouvernement du Canada, ce sont 1329 personnes de plus de 65 ans sur 100 000 qui souffraient de démence en 2022-2023, ce qui correspond à un risque absolu de 1,3 %. Si l’isolement augmente ce risque de 60 %, le risque absolu passe à 2,1 %. Ici, même si le risque relatif est plus élevé, le risque absolu demeure faible.
Quelle est votre tolérance au risque?
Mais revenons à l’histoire du déjeuner, si je suis une personne qui aime déjeuner plus tard, probablement que je ne serai pas très préoccupée par la hausse du risque à laquelle je m’expose et que je conserverai mes habitudes matinales. C’est ce qu’on appelle la tolérance au risque.
Chaque personne a toutefois une tolérance au risque différente. Certaines préfèrent être prudentes alors que d’autres tiennent davantage à leurs habitudes et considèrent que le risque en vaut la peine. Dans un cas comme dans l’autre, pour prendre une décision, il est essentiel de comprendre le risque réel auquel nous sommes exposés. D’où l’importance de bien distinguer le risque relatif et le risque absolu.
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