Par Kathleen Couillard
Dans les derniers mois, les images et les vidéos produites par les logiciels d’IA générative ont atteint des niveaux impressionnants de sophistication. Selon certains experts, les probabilités de distinguer une vraie image d’une image générée par l’IA sont de seulement 50 %, c’est-à-dire l’équivalent de jouer à pile ou face.
Cette nouvelle situation en alerte plus d’un. Comment peut-on faire confiance à quoi que ce soit si on ne peut plus distinguer le vrai du faux? Des études ont d’ailleurs démontré que les images générées par l’IA sont de plus en plus utilisées pour propager de la désinformation.
L’information avant la photographie
Bien que la multiplication des images produites par l’IA soit en effet préoccupante, il ne faut pas oublier que pendant la majeure partie de l’Histoire de l’humanité, les gens ne pouvaient pas compter sur un outil comme la photographie pour déterminer la véracité d’une information.
Pendant longtemps, les humains devaient décider à qui ils accordaient leur confiance pour comprendre des évènements desquels ils n’avaient pas été témoins. Lorsque Pline le jeune raconte l’éruption du Vésuve et la destruction de Pompéi, en 79, il n’a pas d’images vidéo pour montrer ce qui s’est réellement passé. Et quand Marco Polo impressionne l’Europe médiévale avec le récit de son voyage en Asie, au 13e siècle, il ne peut pas l’accompagner d’un égoportrait en compagnie de l’empereur Kubilai Khan.
Les artistes, par ailleurs, sont souvent devenus, au fil du temps, des agents de propagande. Par exemple, en 1807, le peintre Jacques-Louis David a reçu une commande de l’empereur Napoléon : représenter son couronnement de façon grandiose. Pour y arriver, David aurait fait quelques entorses à l’Histoire. Par exemple, il aurait ajouté des personnes sur le tableau qui n’étaient pourtant pas présentes lors de la véritable cérémonie, notamment la mère de l’empereur.
La vérité photographique?
Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que l’arrivée de la photographie ait été considérée à l’époque comme une petite révolution. Le fait de pouvoir capturer automatiquement une image donnait une aura d’authenticité à cette nouvelle technologie qui la distinguait des autres formes d’art visuel. On pouvait soudainement avoir un rendu objectif de la réalité. « La caméra ne ment pas », disait-on à l’époque.
Cette idée largement acceptée est toutefois fausse, peut-on lire dans l’Encyclopédie Britannica. Un photographe peut choisir ce qu’il photographie, à quel moment et dans quel angle. Il peut aussi utiliser des filtres, des lentilles ou des procédés de développement pour modifier l’image selon son inspiration. Accorder une confiance aveugle à une photographie n’est donc pas nécessairement une bonne idée.
Revenir à la base
Depuis l’apparition de la photographie, au 19e siècle, nous avons donc été portés à croire que ces images, et ensuite les vidéos, étaient des preuves irréfutables auxquelles on pouvait se fier sans trop se poser de questions. L’arrivée des IA génératives, qui met fin au mythe de la vérité photographique, est donc, selon moi, une bonne occasion de ramener le sens critique au goût du jour.
Avant de croire n’importe quelle image ou vidéo, il est indispensable de se poser quelques questions. Qui l’a partagée? Cette personne ou cette organisation est-elle digne de confiance? Quel est l’objectif derrière cette publication? Veut-on me vendre quelque chose ou me convaincre d’adhérer à une cause? Est-ce que cette information a été partagée par d’autres médias crédibles? Des astuces existent également pour détecter une fausse image.
Bref, il faut simplement revenir aux principes de base pour éviter la désinformation. Je vous invite d’ailleurs à consulter notre formation « Décoder l'info scientifique » où ces concepts sont abordés plus en détail.
Photo : Image générée par l'IA - ChatGPT
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