Logo science-presse ateliers et formations

Blogue

Les différentes facettes de la
désinformation scientifique

Recherche : tous les résultats doivent-ils être publiés?

Recherche : tous les résultats doivent-ils être publiés?

Par Kathleen Couillard

Supposons qu’un chercheur met au point un nouveau médicament. Le temps des essais cliniques arrive enfin, ce qui permettra de tester son efficacité. Malheureusement, le verdict tombe : le traitement n’est pas plus efficace qu’un placebo. Selon vous, cette conclusion devrait-elle être publiée dans un journal scientifique?

Cette question un peu philosophique est au cœur d’un biais très important dans le monde de la recherche : le biais de publication. Il est défini comme cette tendance à privilégier les résultats positifs au moment de soumettre un article à un journal scientifique et à laisser tomber les résultats négatifs.

Ce problème n’est toutefois pas seulement théorique. Déjà en 1991, un article dans The Lancet soulignait que les études qui génèrent des conclusions positives ont deux fois plus de chances d’être publiées que celles qui ne trouvent pas de différences entre le groupe traité et le groupe contrôle. Depuis, la situation aurait empiré. Selon un chercheur écossais qui a analysé 4 600 articles publiés entre 1990 et 2007, la fréquence des résultats positifs a augmenté de 22 %.

Par ailleurs, le problème du biais de publication n’affecte pas seulement la recherche médicale. En 2014, des scientifiques californiens ont observé que les études en sciences sociales qui rapportent de forts effets positifs auraient 40 % plus de chances d’être publiées que celles qui arrivent à des résultats nuls.

La conclusion : les scientifiques ne tentent pas de publier leurs résultats négatifs.

L’importance des résultats négatifs

À première vue, ce comportement peut sembler raisonnable. En effet, qui s’intéresse à une expérience qui n’a pas fonctionné? Cependant, la présence d’un biais de publication signifie que ce qui est rapporté dans la littérature scientifique ne représente pas fidèlement l’état de la recherche sur un sujet.

Par exemple, en 2017, des auteurs croates expliquaient que le fait de ne pas publier les résultats négatifs mène à un gaspillage d’argent et de ressources puisque d’autres chercheurs risquent de tester une même hypothèse sans savoir qu’elle a déjà été réfutée.

Les biais de publication mettent également en danger la validité des revues de littératures et des méta-analyses. En effet, pour que ces résumés de la recherche soient de qualité, les études analysées doivent être représentatives de toutes celles qui ont été menées, soulignait en 2025 un chercheur américain. C’est pourquoi les auteurs de méta-analyses doivent souvent réaliser des tests pour détecter la présence de biais de publication.

Par exemple, la théorie des intelligences multiples en éducation a peu de fondements scientifiques et c’est une méta-analyse qui a pu montrer que l’effet positif rapporté par certains chercheurs était en fait gonflé par les biais de publication. En d’autres termes, les expériences qui ne donnaient pas les résultats espérés sur cette théorie n’étaient généralement pas publiées.

Enregistrer les études à l’avance

Alors que peut-on faire pour lutter contre ce problème? Le Comité international des éditeurs de revues médicales recommande que les essais cliniques soient enregistrés dans une base de données avant même le début des expérimentations. Il serait ainsi plus facile pour les patients et le grand public de savoir quelles études sont planifiées ou en cours; et plus compliqué pour les chercheurs d’escamoter des résultats inattendus.

En d’autres termes, on veut éviter que les études qui ne donnent pas les résultats escomptés soient balayées sous le tapis comme c’est trop souvent le cas dans les pseudosciences. Prenons l’exemple de l’homéopathie. Une étude réalisée en 2021 révélait qu’entre 2002 et 2019, 38 % des essais enregistrés n’ont pas été publiés et 50 % des études publiées n’ont jamais été enregistrées.

Ces chiffres montrent que les essais publiés en homéopathie ne représentent qu’une proportion sélectionnée de la recherche, majoritairement les travaux avec des résultats positifs. Les effets de l’homéopathie sont donc vraisemblablement surestimés dans la littéraire, concluaient les auteurs de l’étude.

***

On vous parle plus en détail de la publication des études dans notre cours en ligne gratuit « Décoder l’info scientifique ».

Inscrivez-vous dès maintenant pour en savoir plus et suivez les ateliers à votre rythme!

Vous voulez identifier les sources fiables, évaluer la crédibilité d’un expert ou repérer les limites d’une étude scientifique, et ce même si vous n’avez pas étudié en science? Notre nouvelle formation gratuite en ligne vous permettra de mieux comprendre les particularités de l’information scientifique, repérer les pièges de la pseudoscience et maîtriser les étapes de vérification d’une information qui traite, par exemple, de santé, d’alimentation ou encore des changements climatiques.

En savoir plus

 


Retour à la liste des nouvelles

Notre livre électronique gratuit

Décoder l'info scientifique :
à la portée de tous!

Évaluer la validité de l'information scientifique est une compétence essentielle dans un monde où les nouvelles, mais aussi la désinformation, voyagent plus rapidement que jamais. Ce livre électronique met en lumière l'importance de développer une meilleure compréhension du langage scientifique, et ce même pour ceux qui n’ont pas étudié en science.

Télécharger le livre électronique

 

Abonnez-vous à notre infolettre

sur la désinformation

Tout sur nos ateliers et formations ainsi que des outils et des ressources pour mieux vous informer!

Je m’abonne