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La pseudoscience à la recherche de crédibilité

La pseudoscience à la recherche de crédibilité

Par Kathleen Couillard

Dans le discours public, l’importance de prendre des décisions basées sur la science est rarement remise en question. Pas étonnant alors que les partisans des pseudosciences en tiennent compte pour gagner en crédibilité.

Prendre des airs scientifiques

Dans un article de 2025 intitulé The illusion of credibility : How the pseudosciences appear scientific, des chercheurs suisses expliquent comment les partisans des pseudosciences essaient généralement d’imiter les sources scientifiques pour gagner en crédibilité.

Par exemple, dans leurs publications, ils incluent des graphiques ou des statistiques. Ils emploient également des termes scientifiques, mais les interprètent incorrectement.

Ainsi, les adeptes du New Age utilisent souvent le vocabulaire de la physique quantique pour appuyer leurs théories. Pour démontrer la « guérison quantique » ou l’idée qu’on peut guérir par la pensée, ils font appel aux concepts de mesure et de dualité onde-particule, mais pour prétendre que la « vibration holistique » de l’Univers peut s’effondrer sous l’action de la conscience humaine. En ayant recours à un jargon scientifique, ils donnent la fausse impression que leurs propos ont des bases solides.

Citer des études douteuses

Certaines pseudosciences, comme l’homéopathie, ont même leurs propres instituts de recherche et leurs journaux scientifiques, soulignent les chercheurs suisses. Ainsi, le parapsychologue Harald Walach a publié un texte dans la revue Research in Complementary and Classical Natural Medicine en 2003 où il tentait de démontrer que les mécanismes de l’homéopathie pouvaient s’expliquer grâce à la « théorie quantique faible » (Weak Quantum Theory). Ses arguments dénotaient toutefois une très mauvaise compréhension des principes de la physique quantique.

Les partisans des pseudosciences imitent donc la science, mais ils ne se soumettent pas à un processus aussi rigoureux de validation, remarquent les auteurs suisses. Ils citent même des articles scientifiques douteux comme celui de Walach ou des études carrément rétractées. Par exemple, les groupes antivaccins continuent de mentionner l’étude frauduleuse d’Andrew Wakefield malgré le fait qu’elle ait été rétractée en 2010.

Référer à de faux experts

Une autre stratégie des partisans des pseudosciences est de faire référence aux propos de supposés experts. Dans un article publié en 2025, des chercheurs européens en distinguaient quatre grandes catégories.

  • Les pseudo-experts : Ils prétendent faussement avoir des connaissances dans un domaine et se donnent de l’importance en adoptant des opinions contraires au consensus scientifique. Un bon exemple est l’auteur britannique Graham Hancock qui propose qu’une civilisation très avancée aurait existé sur Terre et aurait disparu il y a 12 000 ans. Hancock qui n’a pas de formation en archéologie affirme régulièrement que les archéologues ignorent et tentent même de camoufler ses découvertes.
  • Les pseudo-scientifiques : Ils se disent des experts dans un domaine qui ne relève pas de la science comme la guérison par les cristaux ou les enlèvements par des extraterrestres.
  • Les experts dissidents : Ils ont les compétences et l’expertise nécessaires, mais ils font systématiquement preuve d’un manque de jugement. C’est le cas de Didier Raoult qui a soulevé la controverse pendant la pandémie.
  • Les experts qui sortent de leur domaine d’expertise : Ils sont de vrais experts dans leur domaine, mais n’ont pas les connaissances adéquates pour s’exprimer sur l’enjeu en question. Par exemple, Jessica Inchauspé qui s’est autoproclamée la Glucose Goddess est titulaire d’un baccalauréat en mathématiques et d’une maîtrise en biochimie, mais n’a pas de formation en nutrition ou endocrinologie.

Malheureusement, selon les auteurs européens, le grand public a généralement de la difficulté à identifier quels experts méritent leur confiance.

Des stratégies qui marchent

Déjà en 2019, une étude réalisée par des chercheurs de la Floride avait démontré que si des informations sont présentées dans un document avec des allures scientifique qui contient des références, des citations et une section qui explique la méthodologie, les lecteurs le considèrent comme plus crédible.

En 2021, des chercheurs de l’Illinois ont également constaté que la simple présence d’éléments scientifiques dans un article augmentait la probabilité de croire à la désinformation qui s’y trouve. Et, paradoxalement, les personnes avec une confiance plus élevée en la science en général étaient plus susceptibles de tomber dans le panneau.

Selon les auteurs, faire confiance à des informations en apparence scientifiques sans faire preuve de sens critique peut donc avoir des conséquences négatives. Ils suggèrent ainsi de privilégier la curiosité scientifique puisqu’elle permet de demeurer ouvert à une nouvelle information sans nécessairement l’accepter avant d’avoir fait les vérifications adéquates. En d’autres termes, même devant un texte ou une personne qui a une allure scientifique, il est essentiel de garder un certain scepticisme pour éviter de se faire tromper.

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